Une déambulation nocturne dans les chemins étroits de la campagne profonde, la boue collée aux chaussures, la lune perchée là-haut, nous surveillant, de son point d'observation inégalable. L'air pur, le vent froid, tout autour, les champs. Mes yeux froids se referment sur la nuit, et, ensemble, comme pris d'un élan de folie, tu prends ma main, et je devine un sourire sur tes lèvres puisque mes yeux sont fermés sur la vie, et le brouhaha des voitures au loin, tu me demandes de lever la tête vers le ciel, parsemé d'étoiles, et je m'exécute. La fraicheur de la nuit caresse mon visage, mes jambes sont lourdes, l'impression de m'enfoncer dans le sol, je dois m'asseoir. Alors je m'assois, ta main toujours dans la mienne, j'essaie d'ouvrir les yeux, c'est surhumain, les refermes. C'est un sentiment indescriptible de bien-être moral, c'est si bon. Je ne sais pas réellement combien de temps nous sommes restées là, côte à côte, la tête embuée par l'alcool, et ton visage, au fur et à mesure des minutes, qui s'était déposée sur mon épaule. Mais, prise d'un soudain désir de fuir, d'aller loin, très loin, je me suis levée, doucement, les yeux toujours fermés, j'ai entendu ta tête taper par terre et ton rire sonner dans la nuit, un rire franc, pure, le rire de l'alcoolique dont le taux de vodka dans le sang dépassait la moyenne nationale. C'était tellement bon, tellement unique, que je me suis mise à rire avec toi. Et l'euphorie nous a prises, nous ne pouvions pas parler, ni même respirer. Ça faisait mal aux côtes, aux pommettes, ça faisait mal à la tête, ça montait dans les neurones, embuait nos organes moteurs, nous empêchant de penser, de réaliser la bêtise du moment, je distinguais à peine la lumière au bout du chemin, comme un couloir sans fin, les herbes hautes dansant autour de nous, la lune riant de notre ridicule. J'avais mal au sourire, tu me voyais sans réellement me voir, tes pupilles explosées par la drogue, et nous nous regardions comme si nos yeux avaient à dire des choses que ne prononçaient pas nos bouches. Ton visage était blafard, tes dents claquaient par le froid, et soudain, dans un éclat violent, une explosion de rire venait transpercer la nuit, et je me joignais à toi parce que c'était impossible de ne pas te suivre, et nos cris de joies s'entrelaçaient, ne formaient plus qu'un, comme une danse, la danse de l'ivresse dans un vieux chemin, tellement puissant, complices, tellement pathétique aussi. Je voulais m'endormir sur l'instant, arrêter le temps, faire disparaître la lune et les étoiles, plonger nos esprit dans un monde noir et se croire seules au monde, puisque nous l'étions, incomprises et totalement ivres, saoulées par la lassitude de chaque jour, le c½ur démoli par le manque, je ne savais pas réellement ce que j'attendais, une renaissance peut-être, ou simplement la vie, redécouvrir ce que c'est, de vivre.