++On lui avait tellement attribué le mot "salope" qu'elle ne tentait même plus de se défendre ni de l'expliquer. Elle s'enfermait, non sans douleur, dans sa bêtise devenue souffrance. Au moins, quand ils l'étreignaient, elle se sentait vivante, utile. On lui demandait souvent pourquoi. Pourquoi jouait-elle avec eux, pourquoi se plaisait-elle dans ce rôle. Elle ne jouait pas, elle n'aimait pas ce rôle. Voilà ce qu'elle répondait, souvent. Sans aucune autre explication. Ça ne sert à rien, les explications. Chacun voit les choses différemment. Les filles la voient comme une salope, les garçon comme une fille qui aime la vie. Elle ne l'aime pas, bien sûr. Elle joue avec, la torture, la manipule, la transperce, la déchire, la crève. Vivre est un supplice physique et moral. Inutile de préciser qu'elle est malheureuse.
++Quand il la dévisagea pour la énième fois de la journée, un sourire coquin étalé sur les lèvres, elle baissa les yeux, la tête, ouvrit les bras, comme pour dire << Je suis à toi >>. En l'espace d'un instant, il s'était plaqué contre elle. Il prit les mains de la jeune fille, les posa sur ses épaules, l'obligea à lever le menton et, délicatement, posa ses lèvres sur les siennes. Il l'embrassait avec passion, les yeux fermés, les mains posées sur ses hanches, qui ne tardèrent pas à descendre bien plus bas. Quand a elle, son esprit était totalement braqué. Elle ne disait rien, se laisser faire, suivait chacun de ses gestes pour ne pas paraître totalement passive. C'était banal. Tout ce qu'il y a de plus banal à ses yeux.
++Elle avait mal. Très mal. Elle s'était pourtant promis de ne jamais lui faire confiance. De ne jamais tomber amoureuse de lui, ne jamais lui dire << Je t'aime >>. De ne jamais le regarder autrement que le regard vide de sentiments. Et pourtant, malgré son c½ur de pierre, malgré son inaptitude à aimer, quand elle s'était retrouvé seule, elle avait eu mal. Très mal. Comme si une partie d'elle s'était envolée, d'un coup, comme ça. Elle avait besoin de lui. Pas seulement pour combler ce manque affectif de naissance, non. Elle avait besoin de lui, pour vivre. Tout simplement. Et maintenant, elle ressentait plus que jamais le besoin de l'avoir dans ses bras. De sentir son c½ur battre tout contre elle. Mais c'était finis, bien finis.